Les 75 ans de la FIR – L’avertissement « Plus jamais de fascisme ! » est aujourd’hui plus que jamais d’actualité
25. Juni 2026
Message de Vilmos Hanti, président de la FIR
La Fédération internationale des résistants (FIR) célèbre son 75e anniversaire. L’organisation a été fondée à Vienne en 1951 à l’initiative d’anciens partisans, de survivants des camps de concentration, de femmes et d’hommes ayant participé à la lutte de résistance antifasciste, ainsi que de victimes de persécutions. L’objectif était clair : empêcher l’humanité de revivre les horreurs du fascisme et de la guerre mondiale. Depuis 75 ans, la FIR préserve et défend l’héritage de la résistance politique et armée antifasciste. Sa création n’était pas seulement un acte organisationnel. C’était un engagement moral. L’engagement que le fascisme, le racisme, l’antisémitisme et la guerre ne doivent plus jamais plonger l’humanité dans la ruine. L’expérience historique des fondateurs est sans équivoque : le fascisme ne surgit pas du jour au lendemain. Il commence par la haine, l’exclusion et le mensonge. Il se poursuit lorsque les gens sont montés les uns contre les autres, que les craintes sociales sont exploitées à des fins politiques et que les institutions démocratiques sont progressivement érodées.
L’existence de la FIR aujourd’hui n’est pas seulement un souvenir historique, mais une nécessité politique et morale actuelle. La devise des pères fondateurs de l’organisation — « Plus jamais le fascisme ! Plus jamais la guerre ! » – revêt aujourd’hui une actualité dramatique. Les mouvements d’extrême droite gagnent en puissance en Europe et dans de nombreux pays à travers le monde. Au sein des parlements de plusieurs pays, ce ne sont plus seulement des groupes néonazis isolés, mais des forces politiques importantes qui remettent en cause les fondements de l’État de droit démocratique et s’en prennent aux minorités, aux migrants, aux syndicats, à la liberté de la presse et à l’idée de solidarité sociale. Parallèlement, la relativisation de l’histoire gagne également du terrain. Dans plusieurs pays européens, on tente d’assimiler la lutte antifasciste pour la libération aux crimes des dictatures, de minimiser la collaboration avec les nazis ou de présenter comme des héros les individus et les organisations qui se sont rendus coupables de persécutions et de génocides. L’une des missions les plus importantes de la FIR consiste donc à préserver la mémoire historique antifasciste. Ce n’est pas un hasard si, en de nombreux endroits, les commémorations antifascistes sont prises pour cible, si des monuments sont vandalisés ou si l’on tente d’écarter la tradition de la résistance de la vie publique. Le débat sur l’histoire porte en réalité sur le présent et l’avenir : sur le type de monde dans lequel nous voulons vivre.
La mission de la FIR consiste aujourd’hui également à reconnaître clairement que les formes modernes de fascisme ne se manifestent pas nécessairement sous l’uniforme et avec des croix gammées. Elles se cachent souvent derrière des slogans tels que « rétablir l’ordre », « autodéfense nationale », « sécurité » ou « identité culturelle ». Aujourd’hui, les discours de haine se propagent fréquemment via les réseaux sociaux, dans la propagande politique, voire sous la forme de théories du complot.
La FIR doit également réagir au fait que le monde est à nouveau entré dans une ère de réarmement. La guerre russo-ukrainienne — qui en est désormais à sa cinquième année de déchaînement de sa force destructrice en Ukraine —, l’escalade des conflits au Moyen-Orient et les tensions militaires mondiales ont fait du discours de la militarisation la norme une fois de plus. Depuis la fin de la Guerre froide, jamais autant d’argent n’a été dépensé en équipement militaire, tandis que la situation de la sécurité sociale, des soins de santé et de l’éducation se détériore dans un nombre croissant de pays. S’appuyant sur son expérience historique, la FIR met en garde contre le fait que les forces politiques autoritaires et extrémistes gagnent plus facilement en puissance dans les sociétés militarisées. La FIR se considère également comme un acteur de la politique de paix. Sa mission consiste à collaborer avec les mouvements pacifistes, les syndicats, les organisations de la société civile et tous ceux qui rejettent la politique de la haine et la logique de la guerre.
Dans le même temps, la FIR est également confrontée à des défis internes. La génération des participants à la résistance antifasciste s’éteint peu à peu. L’une des questions les plus importantes pour les années à venir sera donc de savoir comment impliquer les générations actuelles dans la préservation de la mémoire antifasciste et la protection des valeurs démocratiques. L’antifascisme de demain ne doit pas se limiter à une simple succession de cérémonies commémoratives et de dépôts de gerbes. Il doit devenir un mouvement social dynamique, capable d’apporter des réponses aux problèmes du XXIe siècle : inégalités sociales, racisme, propagande de guerre, érosion des droits démocratiques et atteintes à la dignité humaine.
Le 75e anniversaire de la FIR n’est donc pas seulement un motif de célébration. C’est aussi un rappel. Il nous rappelle que la lutte contre le fascisme n’est pas un chapitre clos de l’histoire, mais l’une des tâches démocratiques les plus importantes du présent et de l’avenir. C’est pourquoi ceux qui perpétuent cet héritage aujourd’hui assument une responsabilité particulièrement grande. Au cours des 75 ans d’histoire de la FIR, des dizaines de milliers de personnes se sont engagées au sein de l’organisation et de ses associations membres. D’anciens résistants, des survivants de l’Holocauste, des historiens, des enseignants, des travailleurs, des étudiants, des syndicalistes, des militants pour la paix et des citoyens bénévoles ont préservé et transmis l’idée de l’antifascisme. Beaucoup d’entre eux ont mené à bien ce travail malgré l’hostilité, les pressions politiques ou l’indifférence de la société. Ils méritent nos remerciements.
Et nous adressons des remerciements particuliers aux « porteurs de flambeau » de la génération actuelle — ceux qui mènent aujourd’hui ce combat souvent difficile et impopulaire. Leur responsabilité est immense. Car aujourd’hui, il ne suffit plus de se contenter de se souvenir de l’histoire. Nous devons également en tirer les leçons et intervenir avec courage contre toute évolution qui menacerait de précipiter à nouveau le monde vers l’inhumanité, la haine et la guerre. Le 75e anniversaire de la FIR n’est donc pas seulement un motif de célébration, mais aussi un avertissement et un engagement. Un engagement à préserver l’héritage moral de la résistance antifasciste pour les générations futures. Car la leçon de l’histoire reste inchangée, même aujourd’hui : Plus jamais le fascisme ! Plus jamais la guerre !

